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L’excès d’eau produit des crues et des inondations

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Présentation

Définitions : Les crues sont des débits de rivière anormalement élevés, au-delà des niveaux habituels, les inondations sont le résultat des crues, l’eau submergeant des surfaces habituellement « hors d’eau ».

Les crues produisent des inondations, et celles-ci peuvent avoir des effets redoutables. Ces textes sont-la pour éviter de confondre les petits débordements des rivières de très faible amplitude, le sol est sous quelques centimètres d’eau, avec les catastrophes potentiellement mortelles.

Je propose ici une version concaténée en PDF de plusieurs de mes articles, et une longue introduction que j’ai placé ci-après.

Les premières pages reprennent et complètent de manière condensée ce qui se trouve dans les articles de mon site internet « Éclectiquement vôtre », articles que vous retrouvez reproduits à partir de la page 9. Si l’ensemble de ces articles peut vous paraître décousu, chacun à un rapport avec les inondations et leurs causes.

Je ne corresponds pas à la notion de spécialiste, mais je présente page 8 mes expériences, connaissances que j’ai complétées par de nombreuses recherches, et qui ont fait évoluer mes analyses. Les données apprises doivent toujours être confrontées au réel, aux observations et aux expériences, sinon elles peuvent nous emmener sur de mauvaises pistes.

 

L’inondation est le premier risque naturel en France

Ne pas confondre hautes eaux et inondations, les premières sont « habituelles », avec une montée progressive du niveau des rivières, les autres sont des phénomènes imprévisibles, hors des normes et brutaux.

Leurs origines sont des pluies diluviennes, la fonte de neige ou de glace, la rupture d’une digue ou d’un barrage. Il en résulte des masses d’eau très importantes qui doivent s’évacuer vers les points bas, avant de terminer dans la mer (ou dans une dépression), il n’y a pas d’alternative.

C’est le caractère inhabituel et brutal de ces volumes d’eau que rien ne peut arrêter qui les rend dangereux. Soit on laisse passer et on évacue les zones à risques, ou on cherche à employer la seule alternative incomplète qui est de ralentir le flux pour atténuer le pic de ces crues. On ne les arrêtera pas et on ne les fera pas disparaître avec des grigris ou des décisions législatives. L’eau ne respecte que les lois de la physique, quand des crues violentes se produisent, il faut les affronter lucidement, comme tout danger inévitable.

Je ne lie pas les crues aux sécheresses, c’est un sujet trop différent.

Le principal facteur aggravant, le relief

Les excès d’eau, qu’ils soient dus à des pluies diluviennes, à la fonte de neige ou de glace, à la rupture d’un barrage, sont amplifiés par les reliefs qui concentrent ces flots vers les zones basses ; d’où la notion de bassin versant. Sans relief, les inondations seraient bien moins catastrophiques, ce seraient des crues en plaine, voir plus ci-dessous. C’est cette concentration-amplification qui est le moteur des inondations les plus destructrices.

L’un des exemples les plus marquants est la catastrophe de Vaison-la-Romaine en 1992 (B 1), le niveau de l’eau est monté à 17 mètres au-dessus de sa hauteur habituelle, ces niveaux d’eau extrêmes sont la caractéristique des crues les plus destructrices, celles dont il faut se protéger. À ce niveau, l’eau emporte tout, bâtiments et reliefs payent un lourd tribut. Comme deux crues ne sont jamais totalement similaires, la modélisation de tous les reliefs n’est pas une activité superflue, c’est indispensable pour essayer de prévoir l’imprévisible.

Le bassin versant doit s’appréhender lieu par lieu, car c’est de cette façon que l’on place le relief au centre des politiques de l’eau. Ce découpage territorial physique est le plus pertinent, logique, mais il faut l’envisager pour chaque agglomération, même les plus petites. C’est la seule façon d’évaluer la hauteur de la « vague » qui va toucher un lieu ; c’est ce que tente de faire Vigicrues, possible lorsque l’eau vient de loin, mais encore difficile pour les bassins de taille plus réduite.

On peut toujours évoquer le changement climatique, mais cela change-t-il le problème, modifie-t-il la donne ? Non, les principes en action sont similaires, seule la fréquence peut éventuellement être modifiée, si ce que disent plus loin Hannah Ritchie et Pablo Rosado (B 2) est valide.

Les inondations en plaine sont imparables, mais souvent beaucoup moins dommageables que celles des zones en relief, car les excès d’eau ont de l’espace pour s’épancher, donc les hauteurs d’inondation sont limitées. Pour elles, a priori, la parade pourrait être de creuser des voies alternatives pour l’écoulement des eaux, cela est destructeur de bonnes terres, cher, donc il faudra préalablement prouver leur efficacité.

Avoir les pieds mouillés ou avoir de l’eau par-dessus la tête, ce n’est pas du tout comparable.

L’histoire et la perte de mémoire

L’oubli est l’élément le plus dangereux en matière d’inondations, car souvent, pour peu que l’on se donne la peine de rechercher dans les archives, on retrouve des événements passés qui n’ont rien à envier à ceux que l’on considère comme exceptionnels aujourd’hui. Jean-Pierre Delhoume en a fait un livre pour le Limousin : « Calamités climatiques et fléaux naturels en Limousin, de l’an mille à nos jours » (B 3), Le Puy Fraud Éditeur, 2013 ; une mine d’informations pour cette région, bien que forcément incomplète, car les archives ne sont jamais exhaustives.

C’est vérifié pour les crues de la Vézère, et des données existent aussi pour la rivière de Morlaix. Dès qu’une inondation catastrophique se produit, bien que les commentaires soulignent que « l’on a jamais vu cela », des recherches plus ou moins poussées permettent le plus souvent d’invalider ces témoignages sur le vif.

Les humains aiment se placer au centre du jeu, au moment décisif, comme quand ils considéraient la Terre (leur terre) comme le centre du monde. Pour le climat, tout particulièrement avec le « changement climatique », c’est la même démarche, ils se situent au point de bascule et se sentent investis d’une mission suprême, sauver la planète ! Mais les accidents météorologiques que l’on rencontre aujourd’hui sont-ils vraiment plus violents que ceux du passé ? On est tenté de le croire, mais ne serait-ce pas une déformation liée à la proximité temporelle, au discours ambiant ?

Hannah Ritchie et Pablo Rosado concluent dans Ourl Wordl Data le 3 juin 2024 dans leur étude « Le nombre de catastrophes naturelles augmente-t-il ? — Une plongée en profondeur dans les données manquantes et les limites des bases de données sur les catastrophes » (titre traduit), (B 2).

Prévoir

Les inondations sont des phénomènes que l’on sait récurrents, d’où les notions de crues décennales ou centennales. Pour ne pas les oublier et prévenir les populations, on dispose parfois de repères de crue placés plus ou moins judicieusement ; si on ne les a pas fait disparaître, car ils ont un effet catastrophique pour les valeurs immobilières.

Ces repères de crue ne suffisent pas, quelle part des populations connait-elle leurs intérêts ? Il faut informer et renouveler sans cesse le message, rappeler l’existence du risque. La Route des crues (pour la Vézère) était une bonne idée, pas exempte de critiques, mais les panneaux (légers) seront arrachés par la première crue sérieuse, si ce n’est déjà fait.

Les crues sont d’autant plus dangereuses qu’elles sont imprévisibles, c’est le cas des bassins de petites dimensions ou quand des pluies intenses se produisent à proximité d’une zone à forte densité urbaine, par exemple. Cela, combiné avec des reliefs aggravants, peut produire des désastres.

Il existe deux niveaux d’alerte, le premier qui surveille le niveau des cours d’eau en amont d’un point à surveiller, la réaction doit se produire dans l’urgence quand les précipitations (ou autres) se produisent à faible distance, l’autre, encore à venir, liés aux prévisions météorologiques.

Vigicrues est un service performant, dont il faut pérenniser les outils de mesure, les stations limnimétriques, leur positionnement, voire améliorer leur lecture. Les prévisions de Vigicrues lors des crues de la Vézère en avril 2025 étaient assez fiables, mais à Montignac (que je surveille particulièrement) ; seulement Montignac est situé en terminaison d’un long chevelu de rivières, la situation est plus favorable que sur des bassins plus courts.

Pour aller plus loin, des prévisions météorologiques de hautes précisions sont impératives, si possible avec un délai d’un ou deux jours… c’est beaucoup demander. Trop souvent, une pluie annoncée ici se produit à des kilomètres plus loin et à un moment différent. Prévoir une crue, c’est prévoir l’amplitude d’un système orageux extrême, avec sa localisation, il y a un doute, cela semble utopique. Ensuite, une fois ces prévisions disponibles, il faut diffuser l’information dans les plus brefs délais, cela, on sait faire, mais c’est toujours à améliorer.

Protéger

On ne pourra jamais éviter les crues, les pluies diluviennes doivent s’évacuer d’une façon ou d’une autre, si l’on arrivait seulement à en limiter les effets les plus destructeurs, cela constituerait un atout inestimable. La seule solution efficace, c’est de retenir les eaux en amont des zones à protéger, de diluer les flux et de faire baisser les pics de crue.

Il faut prendre conscience que ces phénomènes sont d’une puissance considérable, il ne s’agit pas ici des inondations minimalistes qui mouillent les chaussées avec quelques centimètres d’eau.

Tous les moyens possibles sont à envisager, mais sans surévaluer l’effet des solutions exotiques qui n’ont pas fait leurs preuves. On peut utiliser des champs d’expansion quand ils existent, ne pas supprimer les retenues présentes au motif d’une continuité écologique rêvée, c’est-à-dire les étangs, les biefs de moulins et les seuils qui n’avaient jamais dérangé personne jusqu’à notre époque procédurière.

La solution ultime, c’est l’édification de barrages et le renforcement de ceux existants ; que ces barrages soient fermés ou à pertuis ouverts, donc filtrants et favorables à la biodiversité. Ces derniers sont une technique française de 1712, ils sont promus par l’ONU (B 4), et l’on dispose de preuves de leur efficacité.

Ces barrages qui peuvent être dédiés à la protection des crues, mais aussi constituer des réserves d’eau lors des sécheresses, produire de l’hydroélectricité et souvent avec un caractère ludique, les populations les apprécient le plus souvent. On sait faire en sécurité, mais ces solutions efficaces sont en concurrence avec les énergies renouvelables non pilotables, l’éolien et le solaire.

Ces solutions efficaces sont rejetées au motif d’une continuité écologique, dont on évite soigneusement d’analyser la pertinence. La truite est devenue l’étalon d’évaluation de la pureté des cours d’eau, bien que ces poissons soient massivement manipulés par les fédérations de pêcheurs. Il faut choisir entre éviter des pertes de vies humaines et des destructions coûteuses ou la préservation d’une nature rêvée et bucolique.

Les fausses solutions

L’absorption de l’eau par les sols est indispensable pour recharger les nappes phréatiques, mais on surestime énormément son efficacité pour la lutte contre les inondations. L’infiltration est un processus « lent », très lent qui nécessite des journées entières pour évacuer une quantité d’eau qu’une crue peut véhiculer en quelques secondes. Le décalage temporel est énorme, cessons d’en faire un alibi, d’accuser à tout propos l’imperméabilisation des sols des zones urbanisées, d’autant que les surfaces concernées sont finalement plutôt réduites.

La question pertinente est : quelle quantité d’eau les sols les plus poreux sont capables d’absorber en un temps très réduit ? Le même raisonnement peut s’appliquer à l’évaporation, celle-ci dépend de la température et de la saturation de l’air ambiant, saturation que l’on constate lors de pluies diluviennes.

La végétation ne pèse guère plus devant des flots déchaînés, comme on a pu le constater lors des crues de la vallée de la Vésubie, plus un arbre ne restait debout après le passage des flots déchaînés. Pense-t-on que des aménagements légers, tels des fagots de bois fixés dans les rives, auront une quelconque efficacité, de même que les méandres amoureusement dessinés, mais réalisés pour être résilients aux crues ?

Pour arrêter les colères de la nature, faire uniquement ou surtout confiance aux solutions basées sur cette nature serait une énorme erreur, on s’en mordra les doigts. Tant que ces techniques minimalistes n’auront pas fait leurs preuves en situation extrême, pourquoi devrait-on s’obstiner à les choisir plutôt que d’autres solutions qui ont prouvé leur pertinence ?

Autre mis en cause, l’arasement des bocages, des talus, ils ont une certaine utilité, encore faut-il qu’ils soient positionnés perpendiculairement au sens des pentes, ce qui est loin d’être une généralité. Ils n’ont pas été implantés dans ce but, mais si cela fonctionne, ce serait similaire aux barrages filtrants. Remarquons qu’ils n’ont pas arrêté les crues du passé, opportunément oubliées (par exemple, voir la rivière de Morlaix). En 2005, Jean-Robert Pitte, président de la Société de géographie, dans son livre « Histoire du paysage français », soulignait que les inondations de Morlaix en 1974 se sont produites à l’aval de bassins-versants non remembrés.

Continuité écologique instrumentalisée

La rivière est un objet physique et géographique, mais n’est en aucune façon un être vivant, même si la vie s’y développe. Elle est similaire aux nuages, elle participe au grand cycle de l’eau, ce qui est déjà remarquable, mais de là à lui donner une conscience, une âme, à la déifier ! Sanctifier la biodiversité ne nous protégera pas, la nature ne nous remerciera jamais pour les bonnes actions envers elle. Cela ne signifie pas qu’il faille s’en désintéresser, mais face aux crues, ce n’est pas l’objet.

Les oppositions aux solutions efficaces justifiées par la préservation d’un petit coin de nature, de rêve sont détestables, ce ne sont guère que des comptes d’apothicaires.

Des cours d’eau subissent des aménagements paysagés, censés rétablir un cours d’eau naturel… Pourquoi alors ne pas laisser la rivière modifier elle-même son environnement, le ferait-elle mal ? Les bras morts sont des méandres qui sont morts, pourquoi vouloir les reconstituer à grand prix ?

L’eau qui coule dans les talwegs suit les lois de la nature, de l’hydrologie, surtout de la physique, jamais celle de la législation. Si vous voulez être un peu efficace, écrivez des lois pour interdire les trombes d’eau, les pluies diluviennes. Si la nature vous écoute, vous auriez une chance infime de protéger les populations des dangers des inondations, sinon, prenez en compte les règles de la nature, de la physique, mais ne légiférez pas.

Interdire les constructions en zone clairement inondables serait déjà une sage attitude, mais nombre de crues récentes nous ont démontré que ce n’était pas la préoccupation des élus. Trop souvent, l’habitat qui subit des crues est de construction récente, évidemment, leurs occupants se plaignent des dégâts subis, mais quels sont ceux qui avaient connaissance de l’existence de ces zones inondables ?

De l’utilité des barrages

Pour nous protéger des crues, les barrages sont impériaux, très peu en doutent, la crainte est qu’ils produisent eux-mêmes leur propre inondation par la rupture de leur digue. Cela arrive… rarement, et nos barrages en France sont particulièrement surveillés. Mais certains ne les aiment pas, car ils barrent les rivières (B 5 et 6), et les inondations. Soit, il en résulte quelques désagréments, mais sans commune mesure avec les services rendus.

Puisqu’il faut une référence, prenons le bassin de la Vézère, sur celui-ci, seule la Haute-Vézère est équipée de barrages conséquents ; ceux-ci ont d’ailleurs été accusés par les populations de la Basse-Vézère d’être responsables de la crue de 1960, une porte aurait été laissée ouverte. C’est faux, et des études réalisées dans l’année qui a suivi le démontrent amplement. Non seulement ils ne sont pas à l’origine de l’inondation, mais au contraire, ils ont limité ses dégâts ; on ose imaginer ce qu’il en aurait été sans eux. Des chiffres d’écoulement : 432 m³/s au Saillant pour la Haute-Vézère, bassin de 950 km² ; 750 m³/s à Brive pour la Corrèze, bassin de 947 km² et 1 220 m³/s à Montignac pour la Basse-Vézère, bassin de 3 126 km² (B 7). Lors de la crue d’avril 2025, les relevés de Vigicrues confirment l’atténuation des hauteurs d’eau sur le secteur équipé de barrage, alors que les rivières affluentes connaissent des pics de crue marqués.

On retrouve ce genre de conclusion dans la littérature récente, dans plusieurs pays. Leur efficacité s’explique par les volumes supplémentaires que chaque retenue peut accumuler dans les cas extrêmes avant de surverser. Cette capacité est liée à la hauteur de remplissage jamais atteinte en fonctionnement normal, et surtout que cela s’applique à la plus grande surface de la retenue, soit d’importants volumes. Cette eau peut être relâchée ensuite progressivement, et même en produisant de l’électricité !

Une autre étude intéressante conclut que les barrages réduisent les pertes de PIB résultant des inondations (B 8). Les résultats indiquent une réduction potentielle de 12 à 22 % du PIB menacé, soit une économie annuelle d’environ 53 à 96 milliards de dollars américains attribuable à la fonction de contrôle des inondations des barrages.

Ça filtre, mais ce n’était pas voulu

Restons à Montignac, cette commune connaît des pics de crue supérieure à toutes les autres communes du bassin, pourquoi cette particularité ? Un demi-siècle après l’édification de la digue de Pinay (B 9), le premier barrage filtrant, des ingénieurs des Ponts & chaussées y ont construit un système qui produit le même effet, mais cette fois du mauvais côté de la cité, ils sont parvenus à la noyer en voulant la protéger.

La commune, répartie sur les deux rives de la Vézère, s’est trouvée coupée en deux en 1580, lorsque son pont a été détruit (B 10). Près de deux cents ans plus tard, un pont a été reconstruit, mais préalablement, une nouvelle route d’accès hors d’eau a été « édifiée » trois mètres au-dessus du sol naturel, enserrant la rive gauche en remontant vers l’amont, puis vers Sarlat. La construction du pont a été réalisée en rétrécissant le passage de la Vézère, la rive droite étant plus haute que l’autre rive. Un beau pont bien solide, avec deux énormes piles de 2 m 50 de largeur et trois arches, l’ensemble étant nettement plus étroit que le pont de Terrasson, un peu plus récent, mais 20 km en amont. Pour clôturer le tout, des bâtis ont été conservés sur la rive gauche, et la mairie a été construite sur le terrain conquis.

Le piège se refermait, et les inondations allaient pouvoir donner toute leur mesure. Dès 1783, une première crue de grande ampleur a emporté sept maisons sur pilotis, celles qui restent abritent aujourd’hui les restaurants en bord de rivière. Rebelote en 1830 avec une inondation presque aussi importante, avant une accalmie jusqu’en 1960 ; je vous fais grâce de celle de 1940 et d’autres de moindre importance.

Combien de rétrécissements de ce type existe-t-il sur nos rivières ? Un recensement serait probablement utile. Il semblerait que Nevers, sur la Loire, constitue un tel rétrécissement, bien que moins marqué qu’à Montignac.

Incidemment, en relevant les crues du passé, on constate qu’elles ne sont pas réparties avec régularité. Cela crée un danger, car dans les périodes sans débordement, la population s’habitue au calme, oublie la possibilité d’être confrontée à des inondations.

Se protéger des crues trentennales, et les autres ?

On ne peut pas décréter le niveau des prochaines inondations, même si c’est pour faire accepter un opération d’aménagement urbain paysagé, c’est pourtant le discours qui est tenu à Morlaix (B 11). Sous le prétexte de rouvrir a minima la rivière qui traverse le centre-ville, coincé de toute part entre des collines, littéralement une ville qui s’est développée au fond d’une gorge. Améliorer le passage de l’eau en partie en souterrain, puis ouvrir la place devant la mairie afin de libérer la rivière de Morlaix, dite le Dosenn. Cela peut se réaliser, au prix de la suppression de places de parking. C’est un choix habituel de nombreuses municipalités, mais le justifier en tant que protection contre les crues, c’est un jeu dangereux.

Il est clairement annoncé, avec des économies à la clé, que la ville ne subira plus les crues de type trentennal. Si le résultat est à la hauteur des promesses, soit, mais cela sera à vérifier en situation réelle. Trentennal signifie avec une récurrence approximative de trente ans, mais il existe des crues plus importantes, bien que leur fréquence soit plus rare, elles sont inévitables et rien n’est prévu pour y faire face. La solution pour les crues les plus importantes était sur la table, des barrages filtrants à installer plus en amont, dans d’autres communes, et assez coûteux, alors que leur utilité ne sautera pas aux yeux des Morlaisiens.

Une démarche identique a été envisagée dans le bassin plus important de l’Aulne afin de protéger la ville de Châteaulin. Comme à Morlaix, il semble bien que les élus aient reculé devant cette dépense dont l’intérêt ne sera pas immédiatement perçu par les citoyens qui financeront ces installations lointaines.

Finasser, vouloir se protéger des crues réduites en se disant que cela suffira est un mauvais calcul. Faudra-t-il attendre un phénomène météorologique majeur pour juger de l’efficacité de cette démarche ?

La biodiversité des uns, et celle des autres

Que vient faire la biodiversité dans la gestion des inondations ? Mais qu’est-ce donc ?

La biodiversité est l’ensemble des formes de vie présente sur Terre : plantes, animaux, champignons, bactéries, ect., et les êtres humains. Pourquoi devoir préciser l’ensemble des milieux naturels, toutes les relations et interactions (coopération, prédation, symbiose…) entre les organismes vivants eux-mêmes et leurs milieux de vie, c’est redondant, c’est pourtant ce qui est indiqué sur un site du gouvernement (B 12).

C’est que la biodiversité est largement instrumentalisée pour interdire toutes sortes de transformations de notre environnement, quelle qu’en soit leur utilité. Pour ce faire, une fleur, un insecte, un animal tel qu’un escargot devient alors intouchable. Cela suffit souvent pour bloquer tout aménagement destiné à lutter contre les inondations, donc pour protéger les populations humaines.

Pourtant, les mêmes qui s’opposent à tout, consomment de l’espace comme jamais les humains ne l’avaient fait, pour le sport, les loisirs, le tourisme ; nous sommes tous concernés. Il est vrai qu’il est plus simple d’accuser les agriculteurs qui produisent pourtant plus sur moins de surface, ou les travaux publics.

La première question qui a été posée à Francis Hallé au sujet de son projet de forêt vierge est : « quand pourra-t-on aller la voir ? » Car il faut que nous voyions par nous-mêmes, nous touchions, nous parcourions les espaces de nature inconnus. Non content de se multiplier, les humains étendent constamment leur espace, leur biotope.

Un arbitrage devient indispensable pour décider logiquement entre les avantages et les inconvénients de chaque aménagement, sans surévaluer la place de tel ou tel autre organisme vivant.

Mon expérience des inondations

Après une petite inondation apéritive qui a noyé les caves dans le Nord (59), j’ai loué à Terrasson (24) une trop belle maison en bordure de Vézère. Questionné sur le risque d’inondation, le propriétaire nous a assuré qu’il n’y avait aucun risque… Un mensonge éhonté, car une importante crue importante s’était produite peu avant, en 2001. Sans alerte préalable, des voitures avaient été perdues dans les garages des immeubles modernes sur l’autre rive ; depuis les sirènes annoncent ce risque.

Quelque temps après, en fin de journée, les sirènes ont sonné. Nous n’aurions pas bougé sans ce voisin qui est venu nous informer. L’eau est montée jusqu’à plus d’un mètre au rez-de-chaussée, dans la cave garage, et a dépassé un mètre cinquante au niveau du portail, dix mètres plus loin. Cela s’est produit trois fois en trois années.

Plus tard, ayant le projet d’écrire un livre sur la Vézère, je suis revenu dans la région et j’ai loué une maison à Montignac-Lascaux (24), derrière le Prieuré, à deux cents mètres de la Vézère. En 1960, lors de la crue hors norme à près de neuf mètres au-dessus de la côte normale, il y avait un mètre vingt d’eau au rez-de-chaussée, habité. Même si la probabilité que cela se reproduise était faible, je surveillais les niveaux de cette rivière en amont sur tout son réseau, jusqu’au plateau de Millevaches. Je n’ai pas été déçu, en moyenne la Vézère déborde une fois ou deux par an, à toutes les saisons ; si l’on en croit le PAPI d’EPTB Épidor en 2006, cette la rivière est la plus sujette aux crues du bassin de la Dordogne.

Ce livre (B 13) de trois cents pages proche du A4 est sorti aux éditions « La Geste » en 2022, sous le titre « La Vézère ». Il embrasse tout le bassin de cette rivière, y compris la Corrèze que l’on oublie trop souvent, c’est un ouvrage géographique, pas touristique, où un maximum de sujets liés aux rivières sont abordés, dont un dossier de quatorze pages consacrées aux inondations.

 

La suite se trouve dans le fichier « L’excès d’eau produit des crues et des inondations.pdf ».

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